Trois mots à connaître
Mur porteur
Mur qui reprend une charge et la transmet aux fondations.
Mur de refend
Mur porteur intérieur, qui reprend le plancher au milieu du bâtiment pour réduire sa portée.
Cloison de distribution
Paroi qui sépare deux pièces sans reprendre aucune charge.
Les six indices qui suivent ne sont que des manières indirectes de répondre à la question de la charge quand on ne voit ni le plancher ni les fondations. Ils sont classés du moins fiable au plus fiable.
Les six indices, du plus simple au plus fiable
- L'épaisseur du murMesurez l'épaisseur brute dans l'embrasure d'une porte, enduit et doublage compris. En maçonnerie courante, un mur porteur est monté en bloc de 20 cm, un refend en 15 cm, une cloison en 10 cm. Une cloison en plaques de plâtre mesure 72 mm, ou 98 mm en version acoustique. Ces valeurs valent pour le neuf, pas pour l'ancien.
- Le son que rend le murFrappez du poing sur toute la longueur, à hauteur d'épaule puis près du sol. Un son plein oriente vers de la maçonnerie, un son creux vers une cloison ou un doublage. Frappez à cinq ou six endroits : un doublage peut ne couvrir qu'une portion du mur.
- Le sens de portée du plancherUn plancher porte dans le sens de sa plus petite portée. Depuis une cave, un vide sanitaire, des combles ou un faux plafond, repérez le sens des poutrelles, solives ou prédalles : les murs qui les reçoivent sont porteurs, ceux qui leur sont parallèles ne portent en général rien. Une poutrelle prend appui sur 5 cm au minimum de chaque côté.
- La superposition d'un niveau à l'autreUn mur qui se retrouve au même endroit du sous-sol aux combles fait presque toujours partie d'une descente de charges continue. Un mur qui n'existe qu'à un seul niveau est le plus souvent une cloison. Façades et pignons sont porteurs dans la quasi-totalité des maisons.
- Le matériauPercez un trou de faible profondeur dans un endroit discret : poussière grise et sableuse, béton ; rouge, brique ; blanche et poudreuse, plâtre, donc cloison. Sur une maison à colombage, ce sont les poteaux, sablières et décharges en bois qui portent, pas le remplissage.
- Les plans de structureL'indice qui tranche le plus vite : plan de coffrage, plan de pose des poutrelles, plan de structure. À demander au maître d'œuvre d'origine, au notaire dans le dossier de vente, au syndic pour un immeuble, ou au service urbanisme si un permis a été déposé.
Aucun indice ne suffit seul
Chaque indice pris isolément a un taux d'erreur élevé. L'épaisseur ne dit rien dans l'ancien, où l'on trouve des murs porteurs de 10,5 cm en brique sur chant et des cloisons maçonnées de 20 cm. Le son est brouillé par les doublages posés depuis les années 1980. La superposition prouve qu'un mur pourrait recevoir une charge, pas qu'il en reçoit une.
La bonne méthode : faire converger au moins trois indices, dont obligatoirement le sens de portée du plancher, puis vérifier ce qui se trouve sous le mur. Un mur porteur repose sur une semelle, une longrine ou un voile de sous-sol ; un mur posé directement sur une dalle ne peut pas descendre une charge, quelle que soit son épaisseur.
Une erreur de diagnostic ne se voit presque jamais le jour de la démolition : elle apparaît dans les semaines qui suivent, fissures en escalier dans les cloisons voisines, portes qui ne ferment plus, flèche du plancher au-dessus de l'ouverture.
Ce qu'un professionnel vérifie pour conclure
Lecture des plans de structure
Plan de coffrage, plan de pose, coupe, dossier de permis : sur un bâtiment récent, la réponse en quelques minutes.
Relevé du sens de portée en sous-face
Depuis le sous-sol, le vide sanitaire ou les combles : sens des poutrelles, position des appuis, poutre noyée éventuelle.
Suivi de la descente de charges
Niveau par niveau, vers le haut et vers le bas : ce que le mur reçoit, et ce qu'il y a dessous, semelle, longrine, voile ou simple dalle.
Sondage ponctuel
Dépose d'une portion de doublage ou carottage de faible diamètre quand les plans manquent, pour voir le mur derrière son parement et vérifier la présence d'un chaînage.
Note de calcul du bureau d'études structure
La seule étape qui engage : charge réellement reprise, poutre de remplacement et appuis dimensionnés, phasage de l'étaiement, comportement de l'ensemble en zone sismique 3.
Nous réalisons les ouvertures de murs porteurs et les reprises en sous-œuvre en maison individuelle comme en bâtiment collectif, sur la base d'une note de calcul de bureau d'études structure.
Les règles qui s'appliquent avant d'ouvrir
En appartement, le mur porteur est une partie commune
Même à l'intérieur du logement. L'ouverture est autorisée par un vote de l'assemblée générale, à la majorité de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965. Le dossier technique, note de calcul et plans, est joint à la convocation envoyée au moins trois semaines avant la séance. Une ouverture sans vote expose à une remise en état aux frais du copropriétaire.
En maison, l'urbanisme intervient dès que la façade change
Une ouverture strictement intérieure ne demande pas d'autorisation d'urbanisme. Créer, agrandir ou supprimer une ouverture en façade relève d'une déclaration préalable ; en secteur protégé, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France s'ajoute.
En Alsace, le parasismique s'applique
464 des 514 communes du Bas-Rhin sont en zone sismique 3 et les règles parasismiques s'appliquent en maison individuelle pour les permis déposés depuis le 1er mai 2011. Supprimer un mur porteur retire un appui vertical, mais aussi une part du contreventement : la note de calcul n'est pas une formalité.
Vérifiez l'assurance de l'entreprise
Une ouverture de mur porteur relève de la garantie décennale. Demandez l'attestation et vérifiez que les activités assurées mentionnent le gros œuvre et la maçonnerie.
Un exemple qui montre pourquoi l'œil ne suffit pas
Sur une maison individuelle que nous avons réalisée à Haguenau, le plancher franchit 11 m sans appui intermédiaire, repris par une seule poutre. La maison comporte un sous-sol et un vide sanitaire, elle est implantée en limite de propriété et présente deux porte-à-faux.
Dans une telle configuration, un mur du rez-de-chaussée sous la portée de la poutre peut sembler porteur : il est épais, il sonne plein, il est à peu près sous une ligne de mur de l'étage. Il ne reprend pourtant rien, la charge passe par la poutre et rejoint les fondations par ses deux appuis d'extrémité. L'inverse existe aussi : un mur d'apparence anodine peut se trouver exactement sous l'appui de cette poutre et concentrer une charge considérable.
Seule la lecture du plan de structure, ou le relevé du sens de portée, distingue les deux situations.




